Partager l'article ! L'époque des découvertes ou la fascination.: &n ...

Ecrire un texte sur l’histoire maritime, quand on n’est pas historien, présente un risque certain : Celui de raconter des contre-vérités. La chronologie des évènements est généralement connue et quand il y a doute, le doute est aussi pénalisant pour l’expert que pour l’amateur… et il faut faire avec… Ce qui pose plus de problèmes pour le passionné ou l’amateur qui cherche à comprendre les évènements passés, ce sont les interprétations sujettes à erreurs – mais le doute et l’erreur sont humains et peuvent être parfois fructueux – et puis il y a les révisions, par définition navrantes et les faux qui sont difficiles à déceler surtout sur le net… aussi les avis et assertions que j’énonce n’ont jamais fait l’objet, de ma part, d’une « contre-expertise », ou d’une recherche à la source comme la rigueur l’exigerait… Je laisse le goût pour l’histoire maritime et l’aspect ludique l’emporter…
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Je n’ai pas l’intention de me lancer dans une recherche approfondie de l’histoire des découvertes mais de me pencher seulement sur trois sujets qui ont toujours excité ma curiosité :
- L’étonnante épopée collective portugaise, et la force maritime espagnole qui ont si fortement marqué l’Europe pour longtemps en si peu de temps (un siècle…car je me limite à l’époque des premières découvertes, avant l’époque des conquérants).
- Christophe Colomb, dont les grandes qualités de découvreur laissent en parallèle une compétence maritime peuplée de mystères.
- Enfin, un mot sur cette histoire confuse de l’aventure chinoise… on ne suit pas très bien les flottes de Zheng He pendant les sept voyages de 1405 à 1433 et les informations que l’on trouve aujourd’hui sur ce sujet se situent mal entre la rigueur historique et le Da Vinci Code.
Si je m’intéresse maintenant à ces histoires, c’est parce que cet hiver me laisse du temps avant de retrouver le Portugal au printemps, et que je souhaite cette piqure de rappel avant de découvrir Batala, Lisbonne, Sines, Huelva où Christophe Colomb a fait ses pleins d’eau, et bien sûr Sagres.
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Les raisons de l’expansion maritime
portugaise qui précède les conquêtes espagnoles sont d’abord politiques et scientifiques : Face à l’obscurantisme scientifique entretenu par la chrétienté, la péninsule Ibérique était la
plus apte, en Europe, à intégrer les progrès, dans le domaine nautique et astronomique, importés par l’influence mauresque. Et cette influence était plus marquée au Portugal. Les techniques de
construction navale aussi : La caravelle, en particulier, est portugaise, mais la boussole, découverte par les chinois trois siècles plus tôt et connue en Europe ne semble avoir été
opérationnelle qu’au début du 16ème siècle... en effet, il y avait trop de ferraille à bord des caravelles et les problèmes de compensation magnétique n’étaient pas maîtrisés. Les
bateaux chinois, beaucoup plus importants ne connaissaient pas ce problème de façon aussi aigu… Le calcul de la latitude à la culmination était convenable à terre, et amélioré dans le temps
en fonction des performances des astrolabes, mais désastreux à la mer. La prise en compte des erreurs de collimation instrumentale, la qualité des visées qui doivent tenir compte des
perturbations optiques de la ligne d’horizon et les instruments eux- mêmes étaient loin d’être au point. De même les tables de déclinaison s’affinent dans le temps mais restent peu fiables. La
longitude en un point sur la terre était grossière et parfois délirante : Ptolémée avait un catalogue d’environ 3000 positions construit en comptant le nombre de « stades » dans un
azimut donné, cet azimut étant calculé astronomiquement. Ptolémée (2ème siècle et encore plus tôt Eratosthène – 3ème siècle Av JC), avait une idée de la circonférence de la
terre ; par déduction, en choisissant un méridien de référence et un étalonnage en latitude, le résultat, forcément « bricolé » donnait des résultats à peine
« exploitables » comme le montrent les portulans de l’époque. Ce mot « bricolage » n’a rien de péjoratif car le problème de la longitude qui n’est pas un problème astronomique
mais un problème purement technique, celui de la conservation de l’heure, était inaccessible à l’époque. Enfin pour toute l’Europe la terre était
évidemment ronde… on ne savait pas encore officiellement qu’elle tournait autour du soleil mais il y en avait quelques-uns qui commençaient à s’en douter.
Pour en revenir aux portugais – nous sommes vers 1440 - il y avait bien sûr, au départ, une solide motivation politique : Ceuta (le Maroc), aux mains des musulmans, était le point d’arrivée de l’or transsaharien et l’idée de contourner par l’Afrique noire et de ramener l’or de Guinée par la mer devenait un objectif.
Il y avait aussi l’esprit de croisade… le mythique royaume du prêtre Jean (quelque part du côté de la corne d’Afrique) faisait rêver…
Et il y avait des hommes : Et ce n’étaient pas des enfants de Marie… Henri le Navigateur à la tête – Bartolomeu Dias, Alvares Cabral, Vasco de Gama, et surtout, plus tard Magellan, tous des découvreurs, et des hommes de mains tels D.Francesco de Almeida ou Alfonso de Albuquerque qui n’ont pas fait que dans la dentelle sur les terres occupées.
Car les objectifs étaient clairement définis et le donneur d’ordre de l’époque était le Pape Nicolas V : En trois bulles (1452, 1455, 1456), le Pape « ordonnait » à Henri le Navigateur, confirmé Maitre de l’Ordre de Christ, de conquérir les Sarrasins, de faire le tour de l’Afrique et d’agir en conquérant sous toutes les formes, avec des prérogatives et des pouvoirs mirobolants et en définissant clairement le Portugal comme pays conquérant.
Comme dans toute mission de guerre, il faut un chef, une mission et des moyens… pour les deux premiers items, c’était réglé dans les grandes lignes. Pour les moyens, c’était moyen… le Portugal ne comptait guère plus d’un million d’habitants et la flotte comportait quelques 300 unités… bien évidemment c’était insuffisant pour tenir dans le temps surtout à une époque où la logistique n’existait pas.
Un mot au sujet d’Henri le Navigateur (1394 – 1460) : Avec la « feuille de route » - comme on dirait aujourd’hui, que lui avait laissé le Pape - Henry le Navigateur (qui n’a jamais régné, il fut nommé gouverneur de l’Algarve en 1419) ne pouvait guère passer beaucoup de temps sur la mer jolie… c'était plutôt un chef de guerre occupé, entre autre, par l’affaire de Ceuta que les Sarrazins ne voulaient pas lâcher. De plus le désastre de Tanger (1437) n’améliora pas les affaires du Portugal. Il se montra comme un manager moderne dans son aptitude à intégrer, à Sagres tous les domaines de connaissance (nautiques, cartographiques, architectural, instrumental…) connus dans le monde de cette époque… C’est par ses capacités à créer des synergies qu’il gardera ce nom de « navigateur ».
En effet, c’est à travers les
cartographes de l’époque, qui sauront hériter des travaux antiques et grâce aux écoles de Gênes, Lisbonne, anglaises et françaises (école de Dieppe) et aux initiatives des découvreurs que
les progrès se feront. Mais les réels progrès viendront plus tard par les apports des marins de la génération suivante, les conquérants, qui emmèneront avec eux des scientifiques dans leurs
expéditions. En fait ces progrès seront lents car la connaissance scientifique ne suit pas. Encore une fois, on « bricole ». Impossible d’élaborer un calcul de la longitude à
partir de calculs exotiques (par exemple à partir des déclinaisons magnétiques ou des calculs d'éclipse… incohérents ou approximatifs…) A terre, l'aptitude des érudits comme l’Amiral turc
Piri Reis, à compiler des informations provenant de références géographiques sans cohérence, ni de « datum » de calage, feront,
néanmoins faire de grands pas dans la connaissance du monde. Sa carte de 1513 reste encore aujourd’hui inexpliquée : Elle dévoile des contrées que les moyens techniques de l’époque ne permettaient pas de mettre en évidence (en particulier
l’Antarctique). Mais il faudra que les marins attendent le 19ième siècle, et le calcul de la longitude, (fin du 18ième siècle), pour commencer à travailler sur des cartes
fiables.
Ayant décidé de m’intéresser davantage à l’aspect maritime des découvertes plutôt qu’à l’aspect politique et historique, on recadre et on met le cap sur l’Atlantique.
Avant d’attaquer les choses sérieuses les portugais avaient déjà de l'entrainement. C’est en 1419/1420 qu’ils s’implantèrent, d’abord à Porto Santo puis à Madères. Les italiens revendiquent la découverte des Canaries un siècle plus tôt… Euh… là, il y a quelque chose qui ne colle pas… Ptolémée plaçait parfois son méridien « zéro » au méridien du Cap-Vert. C’est évident sur ses cartes. Comment peut-on aller au Cap-Vert en « ratant » les Canaries, à une soixantaine de nautiques du Maroc… bizarre… Les Canaries devaient être connues bien avant le XIVème siècle…
Les Açores… on ne sait pas très bien… probablement en 1427 par un pilote de l’Algarve, Diogo de Sylves. En fait, cette époque marque le début des navigations portugaises plus complexes… après ces phases d’entrainement et conjointement aux objectifs politiques d’Henri le Navigateur, les choses se déroulent méthodiquement : L’impressionnant cap Bojador, par 26°,5 Nord fut doublé en 1434. Vers 1440 les portugais mouillaient au Cap-Vert (Capo Verde), et je pense vraiment qu’à cette époque les portugais ont très probablement traversé l’Atlantique, reconnu quelques Antilles, et la côte du nouveau monde, du nord du Brésil au Groenland… la preuve ?... Ils ont raconté avoir navigué dans la mer des Sargasses, donc à 300 nautiques de l’arc antillais, ramené des informations nautiques (vents, courants), bref, les premières pilots charts dont l’origine ne pouvait pas, après longue réflexion, être d'origine satellitaire… il fallait quand même y aller pour voir.
A la mort d’Henri le Navigateur en 1460, l’expansion marqua le pas, tandis que l’or transitait toujours à travers le Sahara vers l’Afrique du Nord musulmane. Il s’ensuivit une période politique et commerciale complexe avec le Maroc dont bénéficia le Portugal sous l’audace de Jean II. A partir de 1474 les velléités de conquêtes furent à nouveau à l’ordre du jour, vers le royaume du prêtre Jean et la route des épices, à la fois par la terre et par la mer, ainsi que l’espérait Jean II qui croyait en une route maritime. Le 6 janvier 1488 Bartolomeo Dias doublait le cap des Tempêtes, ouvrant en partie la route des Indes. C’est Vasco de Gama qui arrivera à Calicut 10 ans plus tard. Entre temps Christophe Colomb revenait de son premier voyage en 1493.
L’intrusion portugaise, en Somalie, en Egypte en Mozambique, à Mombasa se déroula en général de façon hostile, les règles de troc dans l’océan indien étant différentes des règles africaines et l’esprit de croisade contre l’islam étaient omniprésent. En Inde les relations furent complexes et apaisées vers 1500. Néanmoins, ils commercèrent jusqu’aux Moluques, en évitant la Chine qui était en plein isolationnisme. L’établissement de comptoirs s’est bien sûr révélé difficile faute de moyens en hommes et en logistique. Mais il faudrait des pages d’histoire pour relater cette présence conquérante des portugais en Océan Indien.
Aparté : J’ai séjourné à Goa, deux fois une semaine, pour mon travail, dans les années 1990, en pleine mousson : Deux choses m’ont frappé au milieu de la violence de la mousson et que nous pouvions à peine sortir de notre travail et de notre hôtel : L’empreinte forte du christianisme et la beauté de la population issue du métissage. En fait Goa est un état, le plus petit de l’Inde et l’empreinte portugaise est très forte. C’est en 1510 qu’Albuquerque envahit Goa et mit de l’ordre en massacrant les musulmans et en établissant un commerce. C’est le soutien de la population indoue et les richesses des échanges qui permirent aux portugais de maintenir leur présence jusqu’en 1961. Indépendamment de la beauté de la région, de la marque du tourisme, Goa est une destination culturellement passionnante.
Le deuxième « front » portugais fut le Brésil. Le 22 avril 1500 Cabral à la tête de 13 caravelles et de 1200 hommes découvre par hasard le Brésil. Son but était de contourner l’Afrique mais il avait jugé opportun, à juste titre, de pousser davantage à l’ouest afin d’éviter les calmes du golfe de Guinée, de profiter des alizés de l’Atlantique sud et du courant équatorial du nord ? D’ailleurs, connaissait-il l’existence de ce courant ? Sûrement pas… Bingo. Il atterrit au Brésil. Tout content, il renvoie une caravelle à Lisbonne pour annoncer la bonne nouvelle et poursuit sa route vers l’Afrique. C’est à cette époque que les portugais ont failli tout arrêter, pris de vertige devant l’énormité de la tâche… et on les comprend : Le poids des découvertes commençait à peser lourd pour un si petit pays (en particulier sur le plan démographique), et les retombées économiques, consistantes en Afrique, n’étaient pas les mêmes en Océan Indien. Et le déclin de l’influence portugaise se fera sentir… les portugais portaient en eux-mêmes les germes de leur décadence.
Les espagnols sont entrés assez tardivement dans l’aventure des découvertes. La raison est d’abord politique : Le pape n’avait rien demandé à l’Espagne concernant le domaine maritime. Il fait des bulles, toujours des bulles, encore des bulles… qui concernent l’établissement de l’inquisition dans les royaumes d’un pays en proie à l’hébétude de la guerre civile. On a appelé cela « la reconquête ». Il s’agissait en fait de se débarrasser des juifs et des maures et de mettre en place l’inquisition dans un but précis : Que tout le monde soit chrétien en Espagne - vaste programme - Le mariage d’Isabelle de Castille et de Ferdinand d’Aragon en 1479, en réunissant les deux plus grands royaumes d’Espagne calma le jeu politique et les risques de scission mais pas l’inquisition qui reprit de plus belle. En 1482 ils entreprirent la conquête du royaume de Grenade pour virer définitivement les maures. Grenade se rendit en 1492. Dix ans plus tard, tout le monde était chrétien en Espagne… le fascisme avant l’heure...
Christophe Colomb est à Grenade en 1492, intrigue, après les refus portugais et français qui ne s’intéressent pas à son projet, et propose à Isabelle le montage suivant : Partir vers l’ouest en caravelle vers l’Inde, l’Asie et Cathay (La Chine) – il faut préciser qu’il avait tout lu de Marco Polo, qui lui, était parvenu à pied par la Chine – le Grand Khan des Mongols se convertirait bien sûr au christianisme et ces forces nouvelles écraseraient les musulmans et reprendraient Jérusalem aux chrétiens… et ce plan pourri fonctionne… des relations très solides s’étaient établies entre Isabelle et Colomb… un accord est signé le 17 avril 1492 et en Août Colomb appareillait vers l’ouest de Palos, après avoir fait ses pleins d’eau à Huelva.
Colomb avait pourtant, en 1484 proposé à Jean II un projet qui semblait tenir la route, au moins par sa simplicité : Il s’agissait tout simplement de se rendre par l’ouest à Cipangu (le Japon) dans un esprit de conquête. Jean II n’est pas convaincu de la faisabilité du projet et de plus, ses flottes étaient déjà bien occupées sur les côtes africaines et indiennes.
Christophe Colomb (1451 -1506) présente beaucoup de mystères et de questions dans son sillage. C’est évidemment l’apanage des pionniers… Il commence à naviguer à 14 ans pour le commerce en Méditerranée et on le retrouve en 1476 à Lisbonne. Au cours d’un voyage commercial en Angleterre, il pousse ??? jusqu’à la lointaine Thulé (l’Islande), corrige la position de l’île en latitude (73° au lieu de 63°) et bien plus à l’ouest que la position prétendue par Ptolémée ???… Comment en est-il arrivé à cette conclusion ? Il fallait bien qu’il connaisse la longueur d’un segment d’arc de latitude, à une latitude donnée, en fonction d’une vitesse estimée. Il lui fallait aussi une bonne appréciation de la route surface, grâce à une boussole ou grâce aux étoiles. Une bonne appréciation de la vitesse sur le fond lui était nécessaire, car dans ces endroits, les courants sont forts – et il y avait tout de même 600 nq à parcourir, de l’Angleterre à l’Islande. On savait à peu près calculer la position à terre en utilisant des distances erronées mais pas en mer, la notion d’angle horaire étant encore bien sûr inconnue - enfin, il lui fallait connaitre la longueur d’un arc de grand cercle… Ptolémée, lui donnait 33000 km à l’équateur pour 40075 km actuels!!!.
Un certain flou entoure ce voyage islandais : Il est fort probable que
les anglais lui aient donné les informations qu’ils détenaient de leur propre expérience. Colomb ne pouvait pas, de lui- même, rectifier d’autant la position de Ptolémée… il n’en avait pas les
moyens. Et s’il avait été capable de le faire, il aurait capable de le faire aussi pour les Bahamas quelques années plus tard.
Aparté : L’Islande amène tout naturellement à parler des découvertes nordiques
des années du début du siècle. Il ne fait aucun doute que des peuples nordiques aient atteint le nouveau monde cinq siècles avant Colomb. De plus ils utilisaient une pierre dite "spath d'islande"
ou Calcite, en fait connue depuis l'Antiquité. Elle permet une visée du soleil, même voilée… Cette pierre n’offre pas la possibilité de faire un point si on ne possède pas les éphémérides des
astres, mais permet sur un référentiel, le calcul d’une route par transfert des relevés d’azimut et des arcs capables du soleil à intervalles donnés.
En fait l’activité de Christophe Colomb vers 1474 à Bristol (où il y avait, à cette époque, autant de bateaux portugais que de bateaux anglais) a sans doute été déterminante dans sa conviction qu’il y avait des choses qui se passaient à l’ouest, au-delà du « monde » de Ptolémée. A-t-il réellement atteint lui – même l’Islande ?... je ne sais pas… en fait je doute qu’il ait pu être au large de Thulé à cette époque. Je pense plutôt en l’expérience de Jean Cabot en 1497.
Pour en revenir aux calculs de Ptolémée sur la circonférence de la terre, les erreurs étaient énormes. D’autant plus qu’Eratosthène avait fait de meilleurs résultats : 39600 km au 3ième siècle Av JC, basé sur un calcul mathématique « assez » simple : En 205 Av JC, il met en œuvre une expérience à partir de 2 points (Assouan et Alexandrie) pour connaître la circonférence de la terre… ces 2 points sont à peu près sur le même méridien et il connait la distance des 2 villes. Cela permet la synchronisation de la mesure d'une ombre portée à Alexandrie (midi vrai) quand il est midi à Assouan. J’abrège les approximations… Assouan étant situé près du tropique du Cancer, au moment du solstice d’été, le soleil culmine dans le ciel… le soleil, à la verticale éclaire le fond d’un puits… cette verticalité donne la synchro… au même moment on calcule, à Alexandrie l’ombre portée par un obélisque dont on connait la longueur. Les data sont réunis… on appelle Euclide au secours et on trouve un angle de 7,2°entre l’angle que font les rayons du soleil avec la verticale… on refait appel à la trigonométrie en estimant que les rayons du soleil sont parallèles tout en se rejoignant au centre de la terre et on obtient 39600 km… pas trop mal non ?
Hélas, ça ne passe pas… les approximations (calcul des distances, biais des rayons solaires, utilisation d’un cadran solaire, l’absence de ce qu’on pourrait appeler « modélisation »), décrédibilisent l’expérience et le résultat n’est pas retenu par ses contemporains. C’est bien dommage.
Une autre méthode proposée par Poseidonios (135 – 51 Av JC), sera agrée par Ptolémée. En effet ce dernier préférait les mesures d’angles aux approximations en particulier en distance : En effet comme nous l’avons vu, les mesures de distances se faisaient en « stade » et par un comptage à deux entrées du temps et du nombre de pas parcourus dans une distance donnée et dans un azimut déterminé (en bref, la rigueur de l’abaque était toute relative)… Canope est une ville voisine d’Alexandrie mais aussi une des étoiles les plus brillantes du ciel austral, (Canopus). Canopus culmine, parfois, dans l’azimut de Rhodes à 7,5° observée à Alexandrie… ces deux villes sont sur le même méridien. L’arc terrestre est donc 7,5°… géométriquement, pas de problème mais bonjour les erreurs… Canopus a une magnitude très forte, donc attractive, (autant que Sirius dans l’hémisphère nord). Mais choisir une étoile de l’hémisphère sud, à 7,5°entraine forcément une grande erreur due aux perturbations optiques de surface.
En fait pour en revenir à Christophe Colomb, Les résultats pourtant faux de Ptolémée, auraient en fait favorisé son argumentaire et alimenté son obsession qui consistait à présenter une courte distance entre le vieux continent et la Chine – cette idée, fortement ancrée dans l’esprit de Colomb, avait aussi pour origine ses connaissances du périple de Marco polo… En effet Ptolémée qui donne à chaque degré de grand cercle 80 km au lieu de 112 km, a été amené à déformer l’Asie vers l’Est … et pas avec le dos de cuillère : 180° au lieu de 130°)… Il fallait bien combler l’espace, sur le globe, et de façon arbitraire, car Ptolémée n’avait évidemment aucune idée de la distance vers l’est entre Alexandrie et le Japon.
Comme écrit précédemment, cette grossière « erreur » favorisera Colomb dans son argumentaire en face de Jean II, mais il est dit que cette « erreur » le trompera jusqu’à la fin de vie, convaincu d’avoir découvert les Indes - ce qui est surprenant - car déjà, à sa mort en 1506, on commençait à douter sérieusement des calculs de Ptolémée. En 1492 Colomb évaluait le trajet vers les Indes à 2410 km (soit 1300 nq) quand Ptolémée en donne 16000 km (soit environ 8600 nq). Les erreurs sont vraiment importantes. Pour plus de précisions on peut regarder les chiffres réels :
Palos (37°13N/006°53W)……Canaries (28°06N/16°06W)………distance : 700 nq
Canaries……………………...Bahamas (24°15N/76°00W)………distance : 3500 nq
Et Lisbonne - Tokyo…..qui sont à peu près à la même latitude : environ 9600 nq
Ces valeurs sont orthodromiques : C'est-à-dire « à vol d’oiseau ».
En fait les résultats de l’époque de l’époque étaient calamiteux… « Ni la raison, ni les mathématiques, ni les cartes ne me furent d’aucune utilité », écrit Colomb… Au moins, c’est clair. Nous savons qu’il fit des observations sur la Polaire et nous avons deux résultats d’éclipse :
- Le 15 sept 1494… 13° d’erreur en longitude (81° mesurés au lieu de 68° au large de Sanoa).
- Le 29 fev 1504…...29° d’erreur à Santa Gloria…Pas terrible…
Nous savons aussi qu’il ne faisait pas de méridienne du soleil (il semble pourtant qu’il avait en sa possession des tables de déclinaison).
Enfin, le 29 oct 1492, il mesure 42° de latitude au lieu de 22°, et en faisant le calcul inverse avec un starfinder, il avait vraisemblablement confondu la Polaire avec Dened !!!
Ce n’est pas bon du tout, mais il y avait tout de même matière à corriger le
globe de Martin Berhaim – 1491 – le premier globe terrestre qui aurait existé.
Tout cela laisse perplexe… Il n’est pas possible que Colomb ait pu croire qu’il ait pu parcourir, en 36 jours, la moitié de la planète, par 28°Nord. Le tropique du Cancer, à cette latitude fait à peu près 19000 nq soit 35000 km.
Dans le temps, le calendrier de la première traversée est simple :
- Départ de Palos le 3 Août 1492… Du 9 Août au 6 Sept, ils sont aux Canaries…
Le 6 Septembre Ils quittent les Canaries pour la grande traversée, pour arriver le 12 octobre aux Bahamas. Il s’accroche au 28° Nord, pour arriver au 24° Nord, ce qui lui fait une route
orthodromique plutôt correcte… Il a parcouru 3500 nq en 36 jours soit une moyenne journalière de presque 100 nq.
Enfin que dire de la caravelle ? J’ai visité une copie de la PINTA à Bayonna , en Espagne : Ce qui frappe, au premier regard, c’est la cohérence de l’ensemble pour un bateau de haute mer : Le gaillard d’avant très massif associé à un brion très marqué le fait ressembler à un pêcheur de 18 /24 m du Guilvinec et devait rendre de bons services dans une mer formée… Le château arrière très haut protégeait les hommes de barre, très sollicités, et devait favoriser l’équilibre du bateau au lof. La quille qui parcourait l’ensemble de la carène, associée un faible tirant d’eau était une volonté de Colomb : Cela procurait une bonne stabilité de cap au près, et une bonne aptitude à l’échouage. La faible longueur du bateau (25/30m) et la concentration de la cargaison au milieu du bateau ne devait pas entrainer un tangage rythmique. Le faible tirant d’eau, associé à un (ro-a) variable, certes, dépendant de la cargaison dans les fonds et du lest, devait néanmoins lui donner une stabilité de poids plutôt correcte. Par contre, la stabilité de forme semble très bonne associé à un joli retour de galbord, un franc bord important et un bau généreux, de l’ordre de 8 m. Il y tout de même deux choses qui clochent : Une voilure de surface insuffisante, techniquement peu élaborée mais avec une voile latine sur l’arrière pour favoriser le lof. Deux voiles triangulaires, même de petites tailles à l’avant auraient sérieusement amélioré les choses. On observera rapidement les évolutions de voilure dans les voyages suivants… Colomb sera très sensible au problème, car, aux Canaries, il modifiera les gréements, pour équilibrer les vitesses des différents bateaux au portant, car une fois de plus, il souhaitait naviguer en groupe. Plus problématique, l’appareil à gouverner était vraiment rudimentaire, peu efficace. Les lignes de fuites du bateau n’étaient pas hydrodynamiques, la largeur du safran était trop importante par rapport à sa profondeur entrainant un angle de décrochage probablement inférieur à 35° et devait demander une force considérable : Résultat, la tenue au vent arrière devait poser des problèmes de fatigue à la fois pour l’équipage et pour le matériel (d’ailleurs, il y a eu de la casse). C’est dommage car la solution consistait à compenser le safran comme sur les bateaux de la flotte de Zheng He qui en étaient équipés quelques siècles auparavant (Il est vrai qu’ils mesuraient 150 m).
Vers 1530 la nef succèdera à la caravelle. Plus puissante, plus longue et avec une voilure plus élaborée.
La cartographie et les moyens de navigation maritimes, ont fait l’objet de travaux constants et de problèmes en fait insolubles jusqu’à la conception de l’horloge embarquée pour la conservation de l’heure (John Harrison vers 1770), permettant le calcul de la longitude, l’adoption des théories Coperniciennes (vers 1520), plus tard Galiléennes (coup d’éclat de 1616) pour l’astronomie, et l’introduction des canevas Mercator en cartographie pour le calcul de l’estime (1569)… pour se limiter à ceux-là.
Il n’est pas possible d’aborder toutes ces questions dans un article de
blog. De plus, je n’ai pas la compétence qui permettrait d’instruire ces questions complexes qui ont demandé des siècles de travaux … aussi je botte en touche… « L’histoire du point
astronomique en mer » de Jean-José Ségéric est passionnant… l’auteur a su se mettre à la portée du lecteur, et le livre se lit comme un roman (enfin presque…).
Un peu de la même façon, les voyages chinois des flottes de Zheng He sont difficiles à analyser, d’autant plus que cette épopée revient sous les regards de l’actualité.
De quoi s’agit – il ?
Les flottes de Zheng He ont effectué des voyages, entre 1405 et 1433. Une des caractéristiques de ces opérations est qu’elles se sont déroulées dans un climat pacifique, le but n’était pas la conquête, mais la « promotion » de la Chine, et surtout la supériorité des fils du soleil. Les empereurs étaient Yongle, Hongwu, et Xuande). Une volonté d’émigration, associée à une extension commerciale, nécessitaient une force maritime inédite. Les chiffres rapportés dépassent l’imaginaire : 30 000 hommes embarqués sur une cinquantaine de navires. La taille des bateaux était gigantesque… 100/150 m. 5 expéditions ont été menées de 1405 à 1420, en Inde, Ceylan, Java, très probablement l’Australie, Sumatra, l’Afrique, la Somalie, Ormuz et le golfe Persique.
La 6ièmeet la 7ième expédition laissent pour le
moins perplexe. Les chinois sont ils parvenus en
Amérique centrale vers 1421 ?
Répondre, aujourd’hui, de façon binaire à cette question semble difficile… mais émettre, en toute honnêteté des avis sans partis pris et partagés me paraissent acceptables, car le problème est ni scientifique ni maritime... Les chinois, qui avaient déjà découvert 90 degrés de longitude, de l’Australie au cap des Aiguilles, qui savaient utiliser la boussole hors des masses magnétiques étaient, à mon avis, parfaitement capables de poursuivre leur route jusqu’en Amérique… de plus ils avaient pour eux des vents et des courants favorables. Enfin, ils savaient conserver l’eau douce, maitrisaient le problème du scorbut et possédaient des cartes maritimes dont la longitude résultait de la méthode des éclipses, bien mieux maitrisée qu’en Europe.
En fait ce qui compte, c’est la preuve du passage des chinois dans des lieux donnés, les traces qu’ils ont laissées sur le nouveau continent.
Les écrits sont nombreux sur ce thème… Gavin Menzies (L’année où la Chine à
découvert l‘Amérique – éditions Intervalles) a fait un tabac en 2002. Hélas, les bourdes sont trop nombreuses et un tollé d’avis contradictoires le
met à mal. Le pire, c’est la prise en compte d’une carte de 1428 qui va s’avérer fausse (la carte de Lui Gang) et qui constitue la clé de voute de sa thèse. Un site construit par des
scientifiques le taille en pièces… c’est dommage, car il y a tout de même des faits troublants… hélas noyées dans un fatras où la rigueur fait
souvent défaut.
Mais ce n’est fini… A partir de 2006 le Dr Lee Sui Leung met à jour une trouvaille : Un médaillon de 7 cm en cuivre pur est déterré dans une réserve Cherokee. Il porte de plus l’inscription « Autorisé et attribué par XUANDE de Grande Ming ». De plus il détecte dans la tribu rivale Catawba, une expertise dans la fabrication de poteries, qui ne pouvait être que chinoise… Enfin une similitude de vocabulaire est frappante : Le mot « unaker », Cherokee, se rapproche du mot « runake » chinois pour désigner le matériau nécessaire pour la fabrication de la poterie. D’autres faits troublants continuent à apparaitre, et on devrait prochainement en savoir plus.
J’arrête ici cet article. Il faut bien s’arrêter. Je ne parle pas de Magellan et de son tour du monde fantastique (1519 – 1521),
qui le place largement à la tête de la bande des 4 portugais et de l’espagnol Vespucci… et que dire de la carte de Piri Reis qui donne le vertige… Il y a aussi les histoires plus
récentes : La découverte de la longitude, le calcul du point, la cartographie moderne... Chaque thème relève de l’expertise mais on peut toujours laisser un peu de place au rêve et à la
curiosité.
A consommer sans modération :
- Histoire du Portugal. Jean – François Labourdette – Fayard.
- Le monde hispanique – John Elliot – Vilo.
- Histoire du point astronomique en mer – Jean José Ségéric.
- L’Espagne des rois catholiques – Louis Cardaillac.
- Les Explorateurs – Bouquins.
- 1492, La conquête du paradis – D’après le scénario du film de Ridley Scott.
- Histoire des civilisations – collection la Pléiade.
Et une multitude d’ouvrages sur ces sujets passionnants.
A laisser tomber :
-1421, l’année où la chine a découvert l’Amérique - Gavin Menzies.
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